intercult.pdf
(
642 KB
)
Pobierz
Interculturalité et interdidacticité dans la relation enseignement-apprentissage en didactique des langues-cultures
Cet article est disponible en ligne à l’adresse :
http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=ELA&ID_NUMPUBLIE=ELA_140&ID_ARTICLE=ELA_140_0491
Interculturalité et interdidacticité dans la relation enseignement-
apprentissage en didactique des langues-cultures
par Christian PUREN
| Klincksieck |
revue de didactologie des langues-cultures et de lexiculturologie
2005/4 - N°140
ISSN 0071- 190X | ISBN | pages 491 à 512
Pour citer cet article :
— Puren C., Interculturalité et interdidacticité dans la relation enseignement-apprentissage en didactique des
langues-cultures,
revue de didactologie des langues-cultures et de lexiculturologie
2005/4, N°140, p. 491-512.
Distribution électronique Cairn pour Klincksieck.
© Klincksieck. Tous droits réservés pour tous pays.
La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les limites des
conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la licence souscrite par votre
établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie, sous quelque forme et de quelque manière
que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur
en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit.
491
INTERCULTUR
ALITÉ ET INTERDIDACTICITÉ
DANS LA RELATION ENSEIGNEMENT-APPRENTISSAGE
EN DIDACTIQUE DES LANG
UES-CULTURES
Résumé : le texte suivant a été rédigé à la fois à partir de la présentation de la
problématique générale de lʼatelier « Relation enseignement-apprentissage »
du Colloque CEDICLEC des 17-18 février 2005 et de lʼatelier − qui incluait la
synthèse dʼune enquête réalisée par différents étudiants sur différents terrains
au moyen dʼun questionnaire unique −, et enrichi après-coup des discussions
dans cet atelier et des apports des diverses conférences prononcées au cours
de ce Colloque. Lʼauteur sʼinterroge sur la relation entre interculturalité et
interdidacticité à lʼintérieur de la relation entre enseignement et apprentissage
des langues cultures. Dans une première partie, il montre que le concept
dʼ« interculturalité », tel quʼil est actuellement utilisé en didactique des
langues-cultures, est insuffisant pour construire celui dʼ« interdidacticité »
(qui doit considérer les phénomènes non seulement de contact entre cultures
constituées mais aussi dʼémergence dʼune culture commune dʼenseignement-
apprentissage). Dans une seconde partie, il présente la synthèse dʼune enquête
réalisée auprès de 70 étudiants et enseignants par huit étudiants, dans autant de
pays différents, à partir dʼun questionnaire unique portant sur les conceptions
de la relation enseignement-apprentissage.
Introduction
La problématisation croisée entre la problématique générale du colloque
et celle spécifique à notre atelier pourrait sʼénoncer dans cette question
unique : « Quelle est la relation entre lʼinterculturalité et lʼinterdidacticité à
lʼintérieur de la relation entre les processus dʼenseignement et le processus
apprentissage des langues cultures ? »
Question unique mais à la fois nouvelle et complexe, et cʼest la raison pour
laquelle je propose de la décomposer au moins provisoirement en plusieurs
questions distinctes même si elles sont reliées, pour lesquelles nous pouvons
nous appuyer sur des recherches préexistantes, dans notre discipline et dans
dʼautres.
1) Comment, dans les notions de « culture dʼenseignement » et « culture
dʼapprentissage », définir « culture » par rapport à dʼautres notions que nous
492
utilisons déjà dans notre discipline : celle de « culture sociale », bien sûr
(celle de la société dʼorigine de chaque enseignant et de chaque apprenant),
mais aussi celles de « profil », dʼ« habitudes » et de « stratégies », que nous
appliquons généralement aux apprenants ou au processus dʼapprentissage,
mais dont on ne voit pas pourquoi elles ne devraient pas sʼappliquer tout
aussi bien aux enseignants et au processus dʼenseignement ?
2) Dans quelle mesure les recherches sur lʼinterculturel − dans le sens que
nous attribuons à cette notion depuis une vingtaine dʼannées en didactique
des langues-cultures, et qui désigne les phénomènes de contact entre la
culture de la société à laquelle appartient lʼapprenant et la culture de la
société étrangère quʼil découvre − peuvent-elles sʼappliquer à cette autre
interculturalité, qui désigne les phénomènes de contact entre les cultures
dʼenseignement et les cultures dʼapprentissage au cours même du processus
dʼenseignement-apprentissage ?
3) En quoi, comment, jusquʼoù certains modèles actuellement proposés
en sociologie ou anthropologie culturelle peuvent-ils nous être utiles pour
notre réflexion sur les notions de « culture dʼenseignement » et de « culture
dʼapprentissage » ?
Ce sont ces différentes questions que je croiserai dans la première partie
de cet article, moins pour proposer des réponses que des outils et pistes
de recherche, dont certains sont apparus au cours de ce colloque. Dans la
seconde, je présenterai lʼenquête réalisée auprès de 70 enseignants ou
étudiants de langue de 8 pays différents portant sur la question centrale de la
didactique des langues-cultures, et dont on peut penser
a priori
quʼelle est
lʼune des plus fortement influencées par les cultures sociales et didactiques, à
savoir la conception même de la relation enseignement-apprentissage.
Le processus dʼenseignement-apprentissage des langues-cultures entre
le culturel et lʼindividuel
Il existe des dizaines de définitions différentes du concept de « culture »
auxquelles les didacticiens des langues-cultures se réfèrent, mais les deux
suivantes, parmi les plus connues, me semblent intégrer les principales
composantes qui en sont à leurs yeux constitutives :
− « Ensemble des attitudes, des visions du monde et des traits spécifiques
qui confèrent à un peuple
particulier sa place originale dans lʼunivers. »
(Édouard Sapir,
Anthropologie
, Éd. de Minuit, éd. 1967)
− « Ensemble des traits distinctifs spirituels et matériels, intellectuels
et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social et [qui]
englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les façons de vivre
ensemble, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. »
(
Déclaration universelle de lʼUnesco sur la diversité culturelle
, 1998)
Au-delà de lʼénumération de ses composantes (et il serait certes facile
de lʼallonger à lʼenvi, en y ajoutant par exemple les systèmes symboliques,
les représentations et en particulier celles concerant les autres cultures, les
493
conceptions de lʼaction, les projets de société, etc.), apparaissent au moins
deux caractéristiques de toute culture communes à ces deux définitions, à
savoir
la dimension collective
(une culture est toujours celle dʼun ensemble
de personnes, « peuple », « société » ou « groupe » plus ou moins important)
ainsi que
lʼorientation produit
(il sʼagit toujours dʼune réalité actuelle
résultant dʼune histoire passée) : quelle que soit la dimension de lʼensemble
en question et sa profondeur historique, la « culture » dépasse par définition
le niveau de la seule personne et son seul moment présent.
Ces deux éléments de définition générale de la culture permettent à mon
avis de considérer les méthodologies constituées comme des paramètres
constitutifs des « cultures dʼenseignement » au même titre que dʼautres
provenant de la culture sociale dʼorigine des enseignants.
La tendance depuis quelques décennies déjà en sociologie et en anthropologie
culturelle est cependant à la revalorisation de la conscience et de la marge de
manœuvre des acteurs sociaux, à lʼencontre dʼune conception, caractéristique
de la « sociologie critique » dominante dans lʼuniversité française, qui met en
avant le poids des déterminations collectives inconscientes. On se souvient
de la notion dʼ« aliénation », centrale dans la philosophie marxiste : dans un
ouvrage récent, Bernard Lahire (2004) considère à lʼopposé que « une majorité
dʼindividus présentent des profils dissonants qui associent des pratiques
culturelles allant des plus légitimes aux moins légitimes. Si le monde social
est un champ de luttes, les individus sont souvent eux-mêmes les arènes dʼune
lutte des classements, dʼune lutte de soi contre soi. »
1
De manière moins
conflictuelle, lʼappartenance dʼun individu à des cultures différentes, quelle
quʼen soient les raisons biographiques, lui permet de jouer sur elles comme
on joue sur des registres langagiers suivant les situations et les stratégies de
communication.
On retrouve fortement cette tendance actuelle à la réévaluation de la « marge
individuelle de manœuvre culturelle » (ou de « marge culturelle de manœuvre
individuelle »…) chez les conférenciers du colloque CEDICLEC, en particu-
lier dans la critique du « culturalisme », qui apparaît aussi bien dans lʼappro-
che théorique de Demorgon que dans lʼapproche pragmatique de Verbunt. Ou
encore dans lʼapproche philosophique de Le Moigne avec sa notion de « pro-
jectivité », quʼil insère entre lʼobjectivité et la subjectivité. Le Moigne parle
ainsi de lʼintérêt que présente « cette ressource cognitive qui consiste à épouser
à la fois les variations de [ses] projets et les variations de [ses] contextes ».
Telle est en effet lʼidée dominante aujourdʼhui, à savoir que les
paramètres
personnels
(surtout dans nos sociétés occidentales, très individualisées) ainsi
que les
paramètres environnementaux
(la situation particulière dans laquelle
elle se trouve) interfèrent de manière décisive avec les
paramètres culturels
(cʼest-à-dire collectifs et transmis) pour faire potentiellement de toute personne
1. La citation est extraite dʼune présentation de lʼouvrage publiée sur Internet à lʼadresse
http://www.inrp.fr/lesmercredis/02fev.php, consultée le 14 janvier 2005.
494
à tout moment un être singulier, cʼest-à-dire un individu. Je reprendrai succes-
sivement ces trois types de paramètres dans la seconde partie de mon article.
La même évolution sʼobserve en didactique des langues-cultures, où
tous les développements de cette discipline depuis au moins trois décennies
− avec lʼémergence de notions telles que la « centration sur lʼapprenant »,
« lʼautonomisation » et la « contextualisation » (pour ce qui concerne
lʼenseignant), ainsi que lʼapproche cognitive ou constructiviste, les « profils »
et autres « stratégies » dʼapprentissage (pour ce qui concerne les apprenants) −
sont allés dans le sens dʼune conception du processus conjoint dʼenseignement-
apprentissage de plus en plus orientée « sujet », en entendant ce dernier mot
dans le sens fort dʼindividu conscient et responsable
2
.
Le concept dʼ« apprenant », dans lʼexpression de « centration sur
lʼapprenant » en didactique des langues-cultures, se révèle donc très ambigu,
puisque lʼapprenant peut en réalité se comporter ou être considéré plutôt
comme un membre dʼune culture déterminée, ou plutôt comme un individu
se comportant de manière singulière en fonction de sa personnalité, de ses
expériences personnelles antérieures dʼapprentissage, de son projet ou de
ses stratégies, ou encore des paramètres de son environnement concret
dʼenseignement-apprentissage. Les adultes asiatiques ont la réputation
dʼêtre en général des apprenants calmes, réservés et attentifs − et ils le sont
effectivement en général −, mais jʼen ai vu se faire reprendre publiquement
par des enseignants parce quʼils chahutaient avec leur voisine comme des
gamins surexcités… Il en est de même de lʼenseignant, et chacun de mes
lecteurs trouvera sans peine des exemples personnels de comportements
dʼenseignement opposés dʼun jour à lʼautre voire dʼun moment de la
classe à lʼautre en fonction des effets plus ou moins prévus du dispositif
dʼapprentissage mis en place, de lʼambiance de la classe, de lʼhumeur des
uns et des autres ou encore tel ou tel événement inopiné. On peut sans nul
doute appliquer à la chronologie dʼun cours de langue et de chaque séquence
de cours ce que dit J. Demorgon de lʼhistoire humaine, à savoir quʼelle est
« le domaine des singularités en interaction » (2005, p. 64).
La recherche sur les cultures dʼenseignement et les cultures dʼapprentissage
ne peuvent par conséquent, à mon avis, faire lʼimpasse sur un modèle de
compréhension de type
culturel
individuel
dans lequel les relations multiples (représentées ici sous la forme dʼun
simple trait horizontal) doivent être pensées simultanément sur les différents
modes exigés par une réflexion complexe
3
(les illustrations données dans
2.
Cf.
Ch. Puren 1998, article où je rappelle que lʼenseignant est lʼagent de la « centration sur
lʼapprenant », même si la forme du substantif verbal occulte le « sujet réel », comme on disait
dans les grammaires scolaires
3. Jʼai présenté une première version (à six modes de relation) de ce modèle complexe
dʼinterprétation didactique, appliqué au domaine méthodologique (aux relations méthodologie(s)
dʼenseignement/-méthodologies dʼapprentissage) dans Ch. Puren 1999, pp. 28-29.
Plik z chomika:
swiniaq
Inne pliki z tego folderu:
co int.pdf
(181 KB)
ecoute.pdf
(272 KB)
intercult.pdf
(642 KB)
DN_071_0025.pdf
(393 KB)
E learning.pdf
(486 KB)
Inne foldery tego chomika:
Dokumenty
erasmus
Galeria
Prywatne
zachomikowane
Zgłoś jeśli
naruszono regulamin